1er novembre 2020


Edito de l’évêque >
La fraternité serait-elle un leurre ?

Le pape François a publié le jour de la fête de saint François une encyclique pour nous inviter à découvrir la fraternité qui nous unit tous au cœur même de notre terre devenue un grand village. Nous sommes tous frères en humanité, nous habitons tous la même planète et nous nous devons de l’entretenir pour qu’elle permette à tous de vivre dignement des fruits de la terre et de toutes les réserves que Dieu y a déposées pour notre bien à tous.

Nous célébrons ces jours-ci la fête de tous les saints qui nous invite à découvrir une autre fraternité, celle qui unit tous les membres du Corps du Christ qui est l’Église. Si nous sommes tous vivants dans le Christ Jésus, nous sommes membres les uns des autres, frères en Christ et en Lui, tous solidaires.

Cette nouvelle fraternité est une réalité merveilleuse qui, comme le dit saint Paul, nous fait tous membres de la famille de Dieu, concitoyens des saints. L’Église de la terre et l’Église du ciel forment une immense fraternité en Christ et les liens qui nous unissent devraient nous permettre de nous appuyer sur nos frères aînés, sur tous les saints de nos familles, les saints de la maison d’à-côté, de leur demander de nous aider à grandir en sainteté, à prendre notre place dans cette grande famille, dans cette fraternité aux mille visages, et à devenir d’authentiques témoins de tous ces liens qui nous permettent de témoigner du projet de Dieu sur nous, sur toute l’humanité : « Je ne peux taire toutes les merveilles de Dieu dont je suis le témoin chaque jour, je ne peux taire tout l’amour qui se vit entre tous les saints, je me dois d‘en témoigner par toute ma vie ! ».

Quand je regarde la fraternité humaine qui est la nôtre dans notre terre de Provence, dans notre pays de France, je constate combien il est difficile de vivre ensemble avec toutes nos différences culturelles et religieuses, malgré les efforts de tant de nos concitoyens pour que cette fraternité ne soit pas un vain mot, mais se traduise dans un authentique “vivre ensemble en Vaucluse”, qu’il n’y ait plus de zones de non-droit, qu’il n’y ait plus de quartiers où nous avons peur de circuler le soir.

Malheureusement, voilà qu’à l’occasion du procès des auteurs de l’attentat de “Charlie Hebdo”, ce journal satirique publie de nouveau les caricatures contre Mohamed, véritable blasphème pour nos frères musulmans. Et comme si cela ne suffisait pas, le président de la République se permet de déclarer depuis le Liban : “Le blasphème est un droit en démocratie !” Dès que j’ai eu connaissance de cette déclaration, j’ai compris que nous allions entrer dans une spirale de violence sans précédent. Et la triste réalité est sous nos yeux aujourd’hui.

Comment justifier au nom même de la démocratie la liberté de dire et de publier tout et n’importe quoi ? La liberté au blasphème sous toutes ses formes n’a aucun fondement. Je comprends qu’il soit de bon ton aujourd’hui de se moquer des religions et de les traîner dans la boue, mais les auteurs de tels comportements se rendent-ils compte qu’ils bafouent la liberté dans son vrai sens, son sens profond et authentique ?

Au nom même de la fraternité, base de toute vie en société, je ne peux que redire : la liberté de chacun s’arrête là où je blesse gravement mon frère ! Il s’agit là d’une vérité fondement même de toute vie en société ou alors nous allons vers une dérive totalitaire qui ne dit pas son nom. En même temps, il nous faut condamner avec force les actes de violences et de barbarie qui prétendent répondre à cette conception erronée de la liberté.

Malheur à ceux qui dressent l’étendard du blasphème comme un droit fondamental d’une société démocratique, malheur à ceux qui y répondent en tuant leurs frères en humanité dans les conditions ignobles que nous connaissons.

Bienheureux les artisans de paix qui œuvrent quotidiennement pour que naisse et grandisse une authentique fraternité entre tous les habitants de notre pays, une fraternité qui a besoin de se traduire en actes dans nos quartiers, dans nos villages, dans nos églises, dans nos mosquées, dans nos synagogues.

Nous chrétiens catholiques, cessons de nous replier dans nos ghettos, allons à la rencontre de nos frères en humanité, apprenons à vivre ensemble. Demandons à nos élus de retrouver le vrai sens de la fraternité dont la République s’est emparée pour dire ce qu’elle voudrait être et dont elle a tant de mal à en vivre réellement.

+ Jean-Pierre Cattenoz,
Archevêque d’Avignon

Le livre du mois >
Le combat spirituel, de Joël Guibert

Encore un livre de piété au titre désuet et quelque peu rébarbatif me direz vous ?...il n’en est rien, car en réalité il s’agit de livrer au lecteur

Une précieuse clé de la paix intérieure 

Car l’enjeu est bien là, dans un monde plus que jamais en proie au malaise d’une crise existentielle majeure. En effet, la quête de bonheur liée à la recherche du bien et de l’amour est le propre de l’homme, puisque créé à l’image de Dieu il est fait pour cela ...

Le péché originel ayant dénaturé cette quête et cette ressemblance, Dieu est venu le sauver, mais il ne peut le faire sans sa collaboration active, d’où la nécessité de ce combat spirituel.

Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi, nous rappelle Saint Augustin

Évidemment, Dieu ne nous abandonne pas dans ce combat, nous assurant de sa grâce...pourvu que nous la lui demandions et l’entretenions par la prière, les sacrements, l’écoute de sa Parole. Tous ces canaux de la grâce permette de « télécharger » Dieu dans notre âme Qui va pouvoir ainsi agir en nous. La vie théologale précède donc la vie morale, mais si notre vie est immorale, notre vie en Dieu va se perdre peu à peu... d’où l’appel incessant : « veillez et priez ».

Dans un combat il faut bien sûr connaître l’ennemi

et, en l’occurrence pour celui-ci, il y en a trois à combattre, deux extérieurs : le diable et le monde, et un intérieur : la chair, c’est à dire le Moi, l’amour propre.

En premier lieu, le Diable au cornes multiples : tentateur, séducteur, menteur, diviseur, essaie de nous faire croire qu’il n’existe pas ou, pire encore, qu’il est tout puissant...mais gardons toujours à l’esprit que

  • contrairement à Dieu, il ne peut bénéficier de notre intériorité ...il reste à l’extérieur comme « un chien attaché qui aboie » selon le mot de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort
  • il est définitivement vaincu.

Autre ennemi à combattre : la Philautie, étymologiquement l’amour (démesuré ) de soi même. Cet amour propre, si puissant que, selon le mot de Saint François de Salles « il meurt un quart d’heure après nous », s’exprime par les passions de l’âme ; encore appelé d’un autre bon vieux mot qui sent son catéchisme : « péché capitaux », mais qui n’en offre pas moins une clé de lecture pour comprendre notre malheur intérieur...clé de lecture qui fait terriblement défaut à nos contemporains depuis le fameux « il est interdit d’interdire » et la confusion relativiste qui s’en est suivie.

Or, quand on fait le mal (même - et surtout - en l’appelant bien), il ne faut pas s’étonner d’être malheureux

La philautie, qui rend également aveugle sur soi-même (la fameuse poutre), se combat entre autres par 

  • la louange : se tourner vers Dieu permet de se décentrer de soi-même ;
  • la chasteté, ou amour oblatif : aimer l’autre pour lui-même libère en effet de l’amour captatif qui cherche à s’approprier l’autre pour son profit.

Enfin, dernier ennemi : le monde...pas celui qui nous entoure, mais plus exactement « l’esprit du monde ».

Le premier moyen consiste à s’en détacher le plus possible, c’est-à-dire à se délester par l’ascèse de tous ces Trop : trop de bruit, trop de plaisir, trop de biens, etc...pour retrouver l’essentiel et permettre la vie intérieure.

Le deuxième est de se méfier du piège progressiste qui consiste à nous faire croire que le progrès sans limite et sans but est un bien, alors qu’il nous mène à une impasse , à un « sens interdit » (non-sens ou absurde).

De se méfier également de ce rêve prométhéen, que portent nos sociétés libertaires, de se substituer à Dieu. Car ne pas reconnaître les limites de notre nature humaine empêche justement la grâce d’agir en nous.

Ce combat est donc bien éloigné d’un combat d’arrière-garde ou d’un moralisme froid et sévère, mais il est, on l’a vu,

Une urgence de santé publique.

Ne craignons pas d’appeler à l’aide dans ce combat, la Vierge Marie, la première en chemin, pour nous guider vers cette paix et cette « joie que nul ne pourra nous ravir ».

Claudine Duport

Zoom sur >
Doit-on en finir avec la liberté ?

Je suis libre de ne pas faire attention aux autres, je suis libre de gaspiller la planète, je suis libre de ne pas suivre les règles, je suis libre de mourir…

Mais de quelle liberté parlons-nous ?

Les adolescents, comme bon nombre d’adultes, la définissent comme la possibilité de faire ce qu’ils veulent, la possibilité de choisir entre les contraires : le bien et le mal, agir ou ne pas agir. Cette conception largement répandue, est la source des réflexions suivantes :

  • Je suis aussi libre en choisissant le mal qu’en choisissant le bien
  • Je dois pouvoir choisir de faire le mal, celui qui veut m’empêcher de faire le mal est contre ma liberté.
  • Je dois pouvoir faire ce que je veux pour être libre, sans influence, ni extérieure, ni de ma conscience, ni de ma raison ou de mon intelligence
  • Je suis libre, tout de suite et sans effort, ainsi mes actes passés ou futurs sont sans incidence sur ma liberté

Par conséquent tout est fondé sur l’immédiat et l’absence d’effort. Comme cette conception de la liberté entraîne le développement de l’individualisme, et donc des comportements désastreux pour les relations humaines et le respect de la nature, une morale pensée comme un ensemble d’interdits et d’obligations, devient nécessaire pour éviter le chaos et la destruction. Mais comme cette morale est perçue comme un frein à la liberté, les individus ne la suivent que forcés par des forces extérieures. Pour compenser les méfaits de l’individualisme, les sociétés mettent aussi en place une inflation juridique, une multiplication des contrôles et des surveillances généralisées. Et c’est le serpent qui se mord la queue….

Il faut donc supprimer la liberté ou revoir sa définition…

Et si on définissait la liberté comme le pouvoir de l’homme d’agir avec qualité et perfection quand il veut, la capacité de faire le bien sans entraves. Ainsi :

  • Le choix du mal n’appartient plus à la liberté, il représente plutôt une déficience de la liberté, une diminution de la liberté
  • Cette conception de la liberté cherche alors la qualité et la perfection
  • Elle ne refuse pas les influences mais cherche plutôt à discerner celles qui sont au service du bien et celles qui ne le sont pas.
  • La liberté est donnée en germe au départ de la vie et nécessite un développement par l’éducation, par l’exercice. Nous sommes plus ou moins libres en fonction de nos forces morales et de notre capacité à discerner le juste milieu et le moment opportun.

Alors la liberté est à conquérir, une conquête personnelle, mais avec et grâce aux autres. La morale n’est plus une morale de devoir, mais une morale du bonheur : il s’agit de développer des vertus qui nous conduisent au bonheur, car ce sont les vertus - cet entrainement - qui vont nous permettre d’être pleinement libre de faire le bien. Ainsi la conception de l’autorité en est complètement bouleversée. L’autorité n’est plus conçue comme un rapport de domination, mais comme une source d’encouragement et de réconfort, pour inciter l’autre à progresser dans l’harmonisation de ses vertus. 

Alors OUI, on peut aimer la morale !!

Olivier Lefrançois
Délégué Episcopal à l’Information

Propos largement inspirés de : https://dilectio.fr/wp-content/uploads/2019/10/lilq.pdf

Portrait >
Giovanna Salani, missionnaire en Vaucluse avec la Communauté du Chemin Néocatéchuménal

Giovanna Salani, d’origine italienne, est professeur d’anglais et d’italien. Depuis 2011, elle, habite le Vaucluse, avec Paolo, son mari, et leurs cinq enfants...car ils y sont en mission !

C’est dans l’Italie du sud que Giovanna a grandi, entourée de sa famille, de beaucoup d’amis : « Une très belle jeunesse, et j’étais sûre que mon bonheur c’était de faire ce que je voulais ! »
Un peu avant 25 ans, Giovanna a l’impression d’avoir fait le tour de sa vie et elle ne trouve plus de sens à ce qu’elle a l’habitude de faire, tant dans le travail que dans les amis. Elle perd l’appétit.

« J’avais perdu le goût et la joie de vivre ».

Quand le poids devient trop écrasant avec l’envie de tout arrêter, Giovanna se souvient de la foi transmise par ses grands-parents, et elle entre dans une église afin de s’y ressourcer.
« Je suis entrée en larmes, et là, j’ai rencontré un prêtre qui m’a dit : Je t’attendais. J’ai compris que ce n’était pas le prêtre qui m’attendait, mais c’était le Christ. Après m’avoir écoutée, le prêtre m’a demandé : Pourquoi cherches-tu ailleurs le bonheur ? Tu sais où le trouver »
Giovanna parle d’une rencontre personnelle du Christ qui lui disait à ce moment-là :

Je t’aime comme tu es. Tu n’as plus besoin de bâtir des murs pour vivre ta vie ; repose-toi dans mon amour !

« Mes larmes de tristesse, de bouleversement sont alors devenues les larmes de quelqu’un qui a touché la miséricorde »
Mais une question surgit : « Comment faire pour m’aimer comme je suis ? » 
Sur le conseil du prêtre, Giovanna va alors aller écouter des catéchèses d’initiation chrétienne pour adultes, données comme des paroles prophétiques et elle commence alors à redécouvrir son baptême.

« C’est bien par cette rencontre personnelle concrète avec le Christ, que tout a changé, et ma vie a commencé à avoir du sens ! »

Giovanna rencontre ensuite la communauté du Chemin Néocatéchuménal, dont le charisme est justement de redécouvrir la force du baptême. 

« Aujourd’hui, dans la communauté, ma foi grandit à travers mes frères ; je ne suis rien sans l’expérience et le témoignage quotidien de mes frères de communauté ; je reconnais le Christ à travers chacun d’eux, à travers mon mari. Je vis le Christ 24h/24 : Il est là dans mon mariage, dans ma vie de mère, dans la joie et l’urgence avec mon mari de vouloir transmettre la foi à nos enfants »

En mission : c’est bien en mission que Giovanna se sent chaque jour, car « c’est la mission de tous les baptisés d’annoncer tous les jours cette force du baptême ! »
Aujourd’hui, elle dit qu’elle se sent portée par des ailes, les ailes de la Providence qui la poussent à laisser transparaître le Christ, y compris dans sa profession, auprès de ses élèves. 

« Quand on a fait l’expérience du Christ et de la joie qui en découle, on ne peut pas vivre autrement ! »

Résumé d’un entretien avec Martine Racine pour l’émission « Pourquoi le taire » sur RCF Vaucluse,
par Sylvie Testud

Et si on passait au vert ? >
Petites lectures et grands effets

Aime et fais ce que tu veux. 1

Pour aimer, il faut connaître. Pour connaître, il faut puiser à la source, chez les érudits, les chercheurs, ceux qui savent, ceux qui ont interrogé, ceux qui ont cherché et peut-être trouvé. Où rencontrer ces maîtres ? Dans leurs livres ! J’aime cette citation de Jules Renard : Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. Mais plus que cela, j’ai la certitude d’augmenter mon être, d’accroître mes connaissances, d’élargir mon monde. D’aimer en plus grand.
Les sources de savoir que sont les bibliothèques, les librairies, les musées, ne s’épuiseront pas avant que nous n’en ayons fait le tour, et nous n’en aurons pas fait le tour avant d’être rappelés par le Créateur de toutes choses et de la pâte à papier. Dans son encyclique Populorum Progressio, Paul VI rappelle que « la faim d’instruction n’est en effet pas moins déprimante que la faim d’aliments ».

L’accès à la culture et aux savoirs par les livres est une richesse à partager, qui, comme l’eau de source, devrait être accessible gratuitement à tous, dès le plus jeune âge. C’est ce qui motive les associations de bibliothèques ambulantes, de dons de livres aux prisonniers, ou encore l’initiative du mot nouveau dans les écoles : un mot nouveau par jour pour enrichir son vocabulaire et apprendre à s’exprimer sans user de ses poings.

« L’avenir du monde serait en péril si notre époque ne savait pas se donner des sages » 2.

Éducation chrétienne

Éteignons la télévision, et ouvrons un livre. Un livre d’histoire, pour prendre du recul, un livre d’art pour s’émerveiller, un livre de photographies pour apprendre à contempler, un recueil de poèmes pour trouver les mots, un roman pour un peu de tout cela aussi. Et des livres d’auteurs chrétiens, pour nourrir sa foi. Rob Dreher, dans son livre Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, insiste sur l’importance de l’éducation comme formation chrétienne.

Saint Don Bosco disait : « Tant d’âmes ont été sauvées par de bons livres ; il y en a tant qui ont été préservées de l’erreur et incitées à faire le bien ! Celui qui donne un bon livre, n’aurait-il éveillé qu’une seule pensée pour Dieu, a déjà acquis des mérites incomparables auprès de Dieu. Et pourtant, le résultat obtenu est en général tellement plus élevé ! »
S’éduquer pour éduquer à son tour, quel que soit le cercle : pour le Pape François « toutes les communautés chrétiennes ont un rôle important à jouer dans [l’]éducation ». Cette citation du pape est extraite de Laudato Sì et se rapporte à l’éducation environnementale, laquelle contient l’éducation à la responsabilité, à la contemplation, à la charité, à l’émerveillement, à la recherche de la vérité... S’éduquer pour mieux connaître et pour mieux aimer.

Attention, il ne s’agit pas d’assimiler et d’ingurgiter, mais bien de traduire ces connaissances acquises dans notre quotidien. En user pour développer nos vertus, consolider notre foi, être « forts d’esprit et de cœur » 3. « L’éducation sera inefficace, et ses efforts seront vains, si elle n’essaie pas aussi de répandre un nouveau paradigme concernant l’être humain, la vie, la société et la relation avec la nature » 4.

Le journal La Croix, dans son article du 11 septembre 2020 : Se convertir à l’écologie, ça veut dire quoi  ?, propose d’entamer sa conversion par les livres. A leur sélection : L’Ecologie intégrale au cœur des monastères, par Père François You abbé de l’Abbaye de Maylis et l’historienne Nathalie de Kaniv ; Et lentement tout bascule, par Blandine et Arthur de Lassus avec Amaury Guillem ; Notre Terre. Eloge de la frugalité, par François Bal ; nous pouvons ajouter Pour une écologie de l’espérance, par Fabien Revol, Education du prince chrétien par Erasme, les Apophtegmes des Pères du désert... sans que cette liste ne soit exhaustive, bien sûr.

Bonne lecture !

Marie-Anne Molle

1- Saint Augustin
2- Paul VI, Populorum Progressio, point 40 Promotion culturelle
3-Rob Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, chapitre VII p219 éd. Artège
4-Pape François, Laudato Sì, point 215 Education pour l’alliance entre l’humanité et l’environnement

Ailleurs sur les média >
Du feu de vieux : les anciens ravivent ta flamme !

Un titre percutant pour une série lancée par la Web TV du diocèse. Il s’agit de 9 témoignages, écrits et réalisés en amateur par Jeanne Formery et Marie-Lucie Walch lors de leur confinement volontaire au sein de la résidence pour seniors du Quinsan/Rocher pendant deux mois. La Web TV du diocèse d’Avignon donne la parole aux anciens.

Le dimanche 1er novembre, à 16h, la Web TV du diocèse d’Avignon diffusera pour la première fois l’épisode pilote d’une toute nouvelle production : « Du feu de vieux ! Les anciens ravivent ta flamme ».

Cette diffusion inédite marquera le coup d’envoi d’une série de 9 épisodes, à raison d’une diffusion par semaine jusqu’au 27 décembre 2020.

Chaque épisode est une rencontre avec une personne âgée ayant fait le choix de vivre ses derniers jours dans la résidence chrétienne du Quinsan/Rocher. Elle raconte une expérience forte vécue par le passé (expérience de mort imminente, veuvage récent, 60 ans de sacerdoce…) et adresse un message personnel aux générations montantes.

Quel est le contexte de cette production ?

Tout part d’un constat : les personnes âgées jusqu’alors laissées pour compte dans l’espace public reviennent au centre de l’attention générale. Figurant parmi les victimes les plus exposées à l’épidémie de Covid-19, elles reviennent sous le feu des projecteurs dans les médias et dans les décisions gouvernementales. En tant que chrétiens, la situation nous interroge sur la place de la personne âgée dans la société, et plus particulièrement dans l’Eglise.

Alors que le Pape François ne cesse d’une part de raviver notre élan de disciples-missionnaires ; et de rappeler la racine indispensable de nos anciens pour construire le monde de demain d’autre part, il est bon de se tourner vers nos aînés et de recueillir leur témoignage de chrétiens avancés sur notre destin commun.
Comment est-on missionnaire à 80 ans ?
Qu’attend-on de l’Eglise lorsque l’on s’est efforcé d’être fidèle à son enseignement toute sa vie et que l’on s’apprête à l’ultime étape ?
Nos anciens ont une voix : saisissons l’opportunité offerte par cette période de crise pour la leur donner et les écouter ! L’occasion de nous laisser évangéliser par nos aînés dans la foi.

L’idée est également d’aider les personnes dans le grand âge en passe de devenir dépendantes à accepter cette étape délicate, par les témoignages encourageants de ceux qui ont traversé la même épreuve (veuvage, perte d’autonomie, déracinement lié au déménagement dans une maison de retraite, l’approche de la mort…).

Un grand MERCI aux équipes du Cross Media qui ont prêté le matériel de tournage et qui se sont occupés du montage, de la production et de la diffusion.

Retrouvez l’interview des deux réalisatrices sur RCF Vaucluse au micro de Maryse Chauvaux

Première video de la série : dimanche 1er Novembre à 16h

https://www.youtube.com/watch?v=M0MmDAdJTpk

Enseignement catholique >
Séminaire des Chefs d’établissement : « Management éthique ou éthique managériale ? »

Un séminaire a eu lieu au début du mois d’Octobre à Marseille, dans l’École de Management EMD. Il réunissait la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique et les Chefs d’établissement du 1er et 2d degrés.

Que faut-il en retenir ?

Je dirais d’abord le lieu. L’EMD est une heureuse surprise : dans le quartier Saint-Charles de Marseille, une université privée pour former des cadres de gestion d’entreprise avec une ambition éthique fondée sur l’Evangile.

La chapelle en est le cœur battant. L’Eucharistie y est célébrée chaque jour ; et du corps enseignant transparaissent une réelle convergence de vues et une commune implication dans le projet de cette école.

Ensuite, un thème : « Management éthique ou éthique managériale ? » : Le cadre de l’EMD était idéal pour aborder le thème de ce séminaire, fait de temps d’étude, d’échanges et de convivialité.

Au-delà de toutes les pistes reçues par les Chefs d’établissement à travers les intervenants principaux, il faudrait surtout retenir que, de fait, l’Enseignement catholique, par sa proposition éducative, est une émanation de l’Evangile, et son objectif ultime est l’annonce de ce même Evangile de Jésus-Christ. Appelés à diriger de manière effective, ils ont des critères éthiques qui jaillissent de l’Evangile, et qui, dans la mesure où ils sont pris en compte dans les projets éducatifs spécifiques et leur mise en œuvre, manifestent avec éclat la particularité de l’enseignement catholique.

Le Christ et l’ensemble de l’Eglise comptent sur les chefs d’établissement pour que, sous leur conduite, les communautés éducatives de notre diocèse déploient tout leur potentiel. Elles portent en effet une richesse infinie de par leur fondement christique et leur expérience historique.

Enfin, ce séminaire a été l’occasion de redire qu’être chef d’établissement dans l’enseignement catholique est une vocation ecclésiale ; c’est plus qu’exercer un métier. C’est répondre à un appel pour effectivement être manager, leader, mais à contre-courant des normes actuelles de management, selon un esprit qui est dans le monde, mais non pas du monde.

Le Chef d’établissement dans l’Enseignement catholique est appelé à être au cœur de son école, son collège ou son lycée, comme le Bon Pasteur. Il s’agit pour tous d’être vraiment de bons pasteurs, qui prennent soin de chacune de leur brebis. Les critères de productivité, qui dans l’enseignement peuvent être traduits par les résultats scolaires, ne sont pas premiers. Ils devraient être le résultat du soin donné à chaque enfant dans son originalité, dans son unicité, et en tenant compte sans cesse de sa destinée éternelle.

Le Chef d’établissement, en bon pasteur, porte son attention sur l’ensemble de la communauté, jeunes, adultes, élèves comme encadrants de tous ordres. L’éducation se fait ainsi dans l’élan de la construction d’une communauté.

C’est une tâche colossale, puisqu’il doit l’assumer en même temps que toutes les opérations ordinaires du fonctionnement d’une école. En réalité, ce n’est pas une tâche de plus. C’est un état d’esprit qui est alimenté par un lien fort et suivi à celui qui est le Pasteur.

Pour assumer leur charge pastorale, pour faire de leurs écoles des écoles de communion, c’est-à-dire des lieux où règne la communion et des lieux où l’on apprend à bâtir la communion, les chefs d’établissement sont appelés à être de bons pasteurs, et ils ne peuvent l’être qu’à travers l’unique Pasteur ; et s’il y a une dimension spirituelle qu’ils sont appelés à vivre et à promouvoir, c’est la spiritualité de communion.

Père Pascal Molemb,
Vicaire général attaché à l’Enseignement Catholique de Vaucluse

Il y a 100 ans dans le diocèse >
Autrefois dans le diocèse d’Avignon, en novembre

L’abbé Aymard, curé de Séguret, 21 novembre 1870

La chronique de la quinzaine du mois de novembre 1870 annonçait le décès de l’abbé Aymard, le 21 novembre. « C’était un prêtre selon le cœur de Dieu. Ses paroissiens le regardaient comme un saint  ».

Jean François Léon Aymard était né le 10 avril 1802 à Vacqueyras. Après son ordination le 23 janvier 1831, il fut successivement vicaire à Monteux, puis à Pertuis en 1837. Nommé recteur de Loriol en 1856, il est transféré en 1859 à Séguret où il resta 11 ans.

Dans tous ses ministères, « il fut un modèle de sacerdoce ». La chronique ajoute « la charge des âmes lui paraissait un lourd fardeau, Mgr Debelay et Mgr Dubreil, connaissant son mérite, voulurent plus d’une fois faire violence à sa modestie en lui offrant des paroisses importantes ».

 

Mgr Debelay Mgr Dubreil

« La bonne paroisse de Séguret l’a vu longtemps à l’œuvre. Elle ne perdra pas le souvenir de celui qu’elle a accompagnée, avec un nombreux clergé, à sa dernière demeure ».

Au-delà de la chronique élogieuse qui le concerne, le cas de l’abbé Aymard est représentatif. Les archives ne conservent aucun autre document personnel le concernant – à l’heure actuelle – ni aucune représentation. Quel souvenir les paroissiens de Séguret gardent-ils de ce prêtre selon le cœur de Dieu ?

La cérémonie patriotique et religieuse du 11 novembre 1920

En cette année, il s’agit de célébrer le « cinquantenaire de la fondation de la République et du second anniversaire de l’Armistice qui a consacré glorieusement notre victoire et notre droit ». A l’invitation des Cardinaux de France, l’archevêque d’Avignon prescrit des cérémonies religieuses pour « marquer une fois de plus, le civisme si éprouvé du clergé et des catholiques ».

 « Nous aurons tous à cœur d’offrir à Dieu les hommages et les actions de grâces que nous lui devons et de le prier, en fidèles croyants, pour nos héros tombés au champ d’honneur pour la paix et la prospérité de notre Patrie, et pour les hommes de Gouvernement qui portent le lourd fardeau de la chose publique avec l’intelligence et le courage d’un patriotisme reconnu de tous ».

La cérémonie, présidée par Mgr l’Archevêque, réunissait aussi bien les autorités civiles que religieuses : MM. Les vicaires Généraux, le vénérable chapitre, M. le chancelier, MM les curés de Saint-Agricol et de Saint-Ruf, MM. les Directeurs des Séminaires, M. l’aumônier de l’hospice Isnard, MM. les vicaires de Saint-Agricol et de Saint-Ruf. « Cette réunion au pied des autels, des autorités de tout ordre, à l’heure actuelle est un signe des temps, signe des plus favorables ».

 « La Métropole s’était parée avec goût, de tentures aux couleurs nationales, suivant l’arc des chapelles, et de trophées de drapeaux. L’autel, orné de fleurs, resplendissait de lumières. »

« Que Dieu entende les prières et qu’Il couronne de succès les efforts de ceux qui président aux destinées de la patrie ! A la différence des gouvernements précédents qui semblaient n’avoir qu’une pensée : faire la guerre à Dieu et pour y réussir, paralyser l’effort de l’Eglise, instaurer des lois d’irréligion et de haine, le gouvernement actuel n’a qu’un but, qui est de faire la concorde et la paix entre Français, mettre un terme aux tracasseries religieuses, imposer à l’ennemi les exigences de la victoire. » Cela se concrétisera, quelques temps plus tard, par le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.

Nous avons sans doute du mal à comprendre les enjeux de ces cérémonies, qui viennent comme conclure les combats fratricides en France depuis le début du siècle, au-delà du conflit armé de la Grande-Guerre. Il faut lire entre les lignes, et on peut percevoir toute la réserve marquée par l’Archevêque, notamment en ce qui concerne l’anniversaire de la République. La Grande Guerre, notamment par l’engagement généreux des prêtres et religieux, a contribué à réconcilier les français. Si l’Armistice a été signé il y a deux ans, l’apaisement en France commence seulement à se faire voir.

Les vocations en novembre 1920

Schola du Petit-Séminaire Saint-Miche, à Lourdes, en 1923

L’archevêque d’Avignon établit l’état des élèves du Petit-Séminaire et leurs paroisses d’origine. En 1920, 37 élèves proviennent de 20 paroisses. Les paroisses de Saint-Ruf et de Saint-Siffrein donnent chacune 5 élèves, et Notre-Dame à Orange, 4. Beaucoup de paroisses, même parmi les plus importantes, n’en donnent aucun, et cependant plusieurs paroisses plus modestes, comme celle de la Roque-sur-Pernes, en donnent au moins 1. Le pasteur s’émeut de ces effectifs réduits.

le chanoine Bertrand

Il commente : « si l’on ne remédie à cette indigence, le moment pourrait venir où « il n’y aura plus de prophète », plus d’apôtre pour le diocèse, et où « la lumière de l’Evangile en serait bannie ». MM. Les curés n’auraient bientôt plus de vicaires ; bien des paroisses n’auraient plus de curés ; et vous, familles chrétiennes, demanderiez en vain des pasteurs pour initier vos enfants aux vérités de la foi et vous acheminer vous-mêmes aux fins éternelles ».

En 1920, le chanoine Bertrand, supérieur depuis 1912, et neuf prêtres dont plusieurs sont Chanoines Réguliers de l’Immaculée Conception, ont mission d’éduquer et former ces vocations.

La préparation du Synode, novembre 1920

Mgr Lucquin, vicaire-général

Le Code de Droit canonique de 1917 imposait aux évêques de convoquer un Synode diocésain, tous les dix ans. Si l’évêque est le seul législateur dans le diocèse, le droit garantit aussi en toute justice et bon sens, qu’il puisse agir de manière éclairée, c’est-à-dire, en l’espèce, avec le conseil de ses prêtres. Le Synode est une forme solennelle pour légiférer, comme l’est le Concile pour l’Eglise Universelle, « uniquement des points qui se rapportent aux nécessités ou aux utilités particulières du clergé et du peuple du diocèse » (cf. CIC17, can. 356)

Quatre commissions sont établies pour préparer le synode diocésain qui doit se dérouler en 1921. La première a pour objet les devoirs généraux des clercs, la deuxième le ministère paroissial, la troisième le culte, et enfin, la dernière l’administration temporelle du Diocèse.

Ces commissions travailleront, sous la direction de la Commission générale présidée par le chanoine Lucquin, vicaire général, en vue de préparer des rapports qui seront présentés à l’approbation de l’évêque avant d’être soumis au synode.

Abbé Bruno Gerthoux
Archiviste

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Camaret-sur-Aygues : L’homme à la tête fendue

Admirez la belle façade baroque de l’église, puis entrez hardiment. Vous ne pouvez pas le rater : à droite du chœur, il est là, sagement debout sur sa console ! Le coutelas lui fend le crâne d’une oreille à l’autre. Pourtant, pas la moindre goutte de sang ; il n’a pas mal non plus : il lève les yeux au Ciel où il va entrer dans quelques instants. C’était le but de sa vie, il devrait être joyeux. Son regard me semble mélancolique : hésiterait-il ? Pas du tout !

Regardez : il lève les yeux vers le Créateur pour demander son pardon au moment ultime, tandis que de la main droite il bat sa coulpe… même les saints sont des pécheurs. Sa main gauche tenant fermement la palme du martyre montre qu’il ne regrette rien. C’est saint Andéol, le patron de l’église de Camaret. Les églises de village nous réservent de ces bonnes surprises ! Car cela fait belle lurette que les villes les ont - hélas- remisé sous les combles, ces statues que nos contemporains jugent cruelles ou d’un goût douteux et que les jeunes qualifient de trash ! On ne les comprend plus, nos vieilles statues.

Pourtant, ils en ont à nous apprendre, ces vieux saints, pour peu qu’on les regarde et qu’on les écoute ! Ils nous racontent de très vieilles histoires - celle-ci a 1800 ans, un temps où l’on risquait sa vie en semant la Bonne Nouvelle.

Le diacre Andéol venait de Smyrne avec un groupe de missionnaires pour aider saint Irénée, le fameux évêque de Lyon… un si long et si périlleux voyage : on est en l’an 208. Il est très jeune si j’en crois sa statue imberbe de Camaret. Irénée l’envoie évangéliser une terre païenne : l’Ardèche. C’est un franc succès qui attire l’attention de l’Empereur Septime-Sévère qui traverse alors le Vivarais et ne peut tolérer que l’on brave ses édits. Andéol est condamné à avoir « la tête fendue en croix par un sabre de bois »… ce doit être plus douloureux qu’un sabre bien affuté… mais je suis douillet. Son corps jeté au Rhône s’échoue sur la rive d’un hameau où une riche chrétienne l’enterre dans un beau sarcophage romain. Depuis, ce bourg s’appelle Bourg-Saint-Andéol, allez y voir son sarcophage dans l’église. 

Et ne ratez pas sa statue en pierre dans sa niche sur la façade, très différente de celle de Camaret. Le sabre de bois n’est pas ici une arme meurtrière, il est juste posé derrière sa tête : un signal pour le reconnaître. Ce n’est plus le jeune homme délicat de Camaret, mais un homme d’âge mur, que l’on pressent athlétique, à la belle figure grave, tranquille, mise en valeur par une barbe bouclée et soignée ; le regard décidé annonce l’homme d’action. C’est bien celui qui a affronté les périls du voyage de Smyrne et bravé la puissance romaine. Il ne se bat pas la coulpe, mais lève la main droite pour bénir les nouveaux chrétiens et de la gauche, il tient la palme du martyre. Le sarcophage sera ouvert en 1793 par nos sans-culottes qui brûleront sa dépouille… pour effacer une mémoire que sa statue perpétue.

Une belle histoire, n’est-ce pas ? Tous les ingrédients d’une Bande dessinée y sont, jusqu’à cet incongru sabre de bois qui sert seulement à le désigner, comme dans Star Wars le casque et la cape noirs désignent Vador… Une belle histoire, je vous dis, pour les enfants et leurs parents. Une belle histoire d’action, une belle histoire de courage, une belle histoire de foi, une histoire que nos ancêtres de Camaret ont appréciée au point de faire de ce jeune homme qui n’y était jamais venu, le patron de leur belle église.

 François-Marie Legoeuil